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David J. Castleman letter to Mary Pride Jones, 18 April 1919

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ciellement représentés par des diplomates et des hommes éminents.

Mais elle ne stipule pas de sanction. Dès lors, la grande Allemagne et son grand état-major ne la considèrent que comme une restriction a l'arbitraire, qui n'engage que ceux qui ont peur des représailles et que, par conséquent, un officier pent d'autant plus mépriser, ‹‹ qu'il est plus cultivé ›› et plus conscient de la ‹‹ véritable humanité ››. (A suivre.)

MÉGALOMANIE PERSÉCUTRICE

Il était temps que la médecine dit son mot, car quelques personnes s'obstinaient encore à ne pas comprendre en quoi la destruction de la cathédrale de Reims et les mutilations d'enfants contribuent à la gloire de l'Allemagne et assurent le bonheur de l'humanité.

M. le Dr L. Revilliod, professeur honoraire à la Faculté de médecine de Genève, s'est posé la question et l'a résolue scientifiquement. Ses précédentes études l'avaient amené fréquemment à constater que la pente est facile et douce qui mène un esprit sain à la déraison et que la limite de cette vésanie est souvent bien dillicile et délicate a fixer. Un bourgeois qui cache son bas de laine ne commet, ce faisant, aucun acte de démence : le détraquement commence avec l'illusion qu'il est entouré de gens avides à le dépouiller, illusion bientôt suivie de celle que la terre entière convoite la somme d'argent qu'il détient et dont l'obsession accapare à ce point toutes ses pensées qu'il en arrive bientôt à en grandir imaginativement l'importance et à se croire possesseur d'un nombre incalculable de millions qui n'ont jamais existé. C'est une folie bien connue qu'on désigne sous le nom de mégalomanie.

Supposez un chef d'Etat atteint de cette impulsion morbide ; celle-ci n'en sera que plus intense et plus perfide ; l'idée fixe que ses voisins jalousent sa puissance et sa grandeur le poussera à entreprendre des armements sans cesse accrus, a surpasser en forces ces nations envieuses qui rêvent, croit-il, de lui dérober son bien. Un jour viendra certainement, un jour de crise, où résolu d'en tinir avec ces voisins jaloux, le malade passera de la défensive à l'offensive, et de persécuté deviendra persécuteur. Sa pensée de mégalomaniaque s'annexera des territoires , des pays, des peuples entiers pour leur faire partager sa folie, c'est-à-dire la conviction qu'il a de sa splendeur, de sa perfection, de sa culture et de sa civilisation. Tout ce qui n'est pas ‹‹ lui ›› est, en principe, incivilisé. Il faudra aussi que les ennemis subjugués acceptent avec des remerciements son ‹‹ organisation ››; car le mégalomaniaque veut organiser la terre à son image et suivant sa fantaisie. La terre résiste-t-elle? Il bombarde les villes et les campagnes, brûle les récoltes, les usines, fusille les habitants, détruit les monuments, les chaumières, les palais, les cathédrales, tout en assurant qu'il ne médite aucune conquête et qu'il veut simplement transformer les peuples, toujours et uniquement pour leur bonheur. Cette ambition délirante s'orne ordinairement d'idées humanitaires, et voilà ce que les aliénistes appellent la ‹‹ mégalomanie persécutrice ››.

Suivons M. Le Dr Revilliod et appliquons au Kaiser ce diagnostic général. Que Guillaume II soit infatué de sa nationalité et des gloires passées de l'Allemagne, il n'y a rien là qui ne soit justifié; tous les bon Allemands pensent et doivent penser de même. Mais lorsque l'un d'eux écrit : ‹‹ Nous sommes les meilleurs colonisateurs, les meilleurs navigateurs, les meilleurs marchands; nous sommes la nation la plus intelligente qui soit, et la plus avancée dans les lettres et dans les arts; nous sommes incontestablement aussi le peuple le plus guerrier de la terre ... ›› ; quand le Kaiser lui-même, posant le programme de l' ‹‹ Ere nouvelle ››, déclare que ‹‹ les Allemands sont appelés a être la lumière du monde, le sel de la terre, et qu'ils sont dignes de cette tâche par leur caractère profondément sérieux, par leur vaste intelligence, leur histoire admirable et leurs dons extraordinaires ›› __ quand plus tard, en une cérémonie officielle, il affirme hautement que ‹‹ rien ne doit être ‹‹ organisé ›› en ce monde sans l'intervention de l'Allemagne et de l'empereur allemand ››, alors, dame? alors . . . l'aliéniste tend l'oreille, écoute, réfléchit, fait la grimace et se dit : ‹‹ Voilà un beau cas! ››

Un beau cas, oui. Il réunit tout : orgueil démesuré, ambition sans limites, besoin d'organisation mondiale, satisfaction effrénée de soi, suspicion harcelante des convoitises d'autrui, désir immodéré de dominer, familiarité avec Dieu. Le plus novice des psychologues n'hésiterait pas à confirmer le verdict de ‹‹ mégalomanie persécutrice et dévastatrice ››, dérangement d'esprit parfaitement compatible d'ailleurs avec la pensée la plus lucide dans tout autre domaine.

Si, en effet, lest pensées, paroles, écritures, actions des maniaques, des paralytiques généraux, des déments sont incohérentes, dépourvues de tout sens commun, celles, au contraire, des mégalomanes persécuteurs, s'enchainent avec une succession d'arguments, de raisonnements, avec une logique qui en imposeraient par leur apparence de véracité, si ces arguments n'étaient pas absolument contraires à la réalité des choses. Le mégalomaniaque est menteur et propagateur de fausses nouvelles. Et quand l'ambition, la persécution désordonnée l'ont conduit à un crime, bien loin d'en éprouver remords ou regrets, il s'en enorgueillit comme d'un acte légitime et justifié. Son délire l'oblige à tromper et les autres et lui-même a vivre d'illusions et de hâbleries, jusqu'à la catastrophe inéluctable, et ceci avec un tel semblant de logique et de sincérité qu'il est indispensable d'être fixé sur son état maladif pour n'être point dupe de ses imaginations désordonnées. Amsi se vantera-t-il de victoires supposées, de conquêtes hypothétiques, de triomphes en perspective qu'il estime réalisés, et verra-t-il ses adversaires réduits à néant, alors même qu'ils lui résisteront avec plus de ténacité. (‹‹ Essai psychologique. La mégalomanie persécutrice, question de responsabilité ››, par le Dr l. Revilliod. ›› Le Correspondant ›› du 25 février 1915.)

Comme voilà expliquées tant de choses qui nous paraitraient à nous, ‹‹ barbares ››, des ‹‹ bluffs ›› aussi grossiers que maladroits : ces dates témérairement fixées à l'avance pour les entrées triomphales à Paris, à Varsovie, à Calais; ces canons à portée fantasmagorique qui devaient engloutir l'Angleterre sous les flots; cette vanité formidable de s'obstiner a recommencer, avec des millions d'hommes, et de l'Aisne au Niémen, la manœuvre que Napoléon, ce pâle modèle, exécuta avec quelques centaines de grenadiers entre la Seine et la Marne; cette conception délirante d'enrégimenter sous sa férule une armée de trois cents millions de musulmans; de proclamer en Turquie que l'impériale volonté du Kaiser a converti d'un seul coup ‹‹ tous les Belges à l'islam ››; que les flottes anglaises manœuvrent à son commandement, et que le harem de ‹‹ Hadji Mohammed Ghilioum›› (c'est le nom islamique de Guillaume) va s'installer prochainement à Constantinople. Cette pitrerie était en germe déjà dans les exhibitions du voyage à Jérusalem, et quelques Allemands sérieux, apprenant que leur empereur avait en un jour change dix-sept fois de costumes, dont une robe blanche pour visiter le jardin des Oliviers, n'étaient pas sans inquietude sur les fantaisies futures de ce ‹‹ bouffon redoutable ››.

Aujourd'hui, il se promène derrière le front de ses armées dans un carrosse automobile portant, sur la portière, en manière de chiffre, cette inscription symptomatique : ‹‹ Wilhelm, kaiser der Welt ›› (Guillaume, empereur de l'Univers), et l'on assure, dans le Luxembourg, qu'il collectionne des ‹‹ sosies ›› qui, les moustaches relevées au fer, vêtus d'uniformes semblables aux siens, portant en main le court bâton de commandement emblème de sa toute-puissance, ont ordre de s'exhiber à Colmar, à Thorn, à Bruges, à Dantzig, à Metz, à Tournai et à Breslau, pour faire croire aux Boches extasiés que leur empereur a l'œil sur eux et qu'il possède le don d'ubiquité. Oui le cas est superbe, en effet, et les aliénistes ont beau jeu!

Qu'un homme ainsi mentalement dévoyé parvienne à communiquer son dérangement d'esprit à tout un peuple, ceci n'a rien d'invraisemblable pour qui connait les Allemands, à la fois prodigieusement orgueilleux et profondément humbles : leur orgueil est collectif et leur humilitié est individuelle. Le trait le plus caractéristique de ce singulier contraste est le besoin d'obéir, d'obéir aveuglément à toute [end page] [start page]

autorité dont l'éclat flatteur demeure indiscuté. Cette servitude relève l'Allemand; il en est lier; pour l'avoir compris, le grand Frédéric se disait : ‹‹ fatigue de régner sur des esclaves ››. Le Prussien surtout est imbu d'une sorte de mépris de soi-même, et c'est ce qui lui a fait perdre toute originalité. Dès l'enfance, il obéit : écolier, Il présente les doigts aux coups de règle du ‹‹ Lehrer ›› ; soldat, il accepte sans murmurer la schlague, les gilles et les crachats au visage; étudiant, il reste docile au point que, dans les ‹‹ Verein ››, il ne boit que quand il a soif, mais seulement sur l'ordre du président, lequel commande le moment où il faut porter le bock à la bouche, l'importance de la lampée, et, ‹‹ ein, zwei, drei ›› ! le mouvement général qui reposera sur la table toutes les cruches simultanément videes, sous peine de punition!

Aucune velléité d'indépendance -- jamais. On leur a tant répété que, du haut en bas de la hiérarchie, tous ceux auxquels ils se soumettent sont les plus forts et les plus pafaits des chefs. Et tout au sommet de l'echelle resplendit le maitre supérieur, l'homme qui tutoie Dieu le Père et qui, le jour où le caprice lui en viendra, sera le dominateur du monde. C'est en ce représentant de l'omnipotente Allemagne que résident toutes les vanités de ce peuple agenouillé; en lui se totalisent quatre-vingts millions d'orgueils inemployés; ces sujets s'en remettent à lui d'en faire usage. Sa vésanie s'en accroit et il assume ce rôle colossal. Le plus cabotin des Français qu'un Prussien fameux traitait de ‹‹ comédiens ordinaires du bon Dieu ››, ne ferait mine que de simple et modeste figurant eu comparaison de ce grand acteur toujours en vedette. Même en guerre, alors que les soldats se serrent le ventre et crient ‹‹ pardon ›› pour obtenir des nôtres un morceau de pain blanc, il tient la scène et parade encore. Sur l'un de ses quartiers généraux, on est renseigné : c'est à Charleville, dans la maison Corneau, agrandie, pour être à la taille de Sa Majesté, par des emprises sur les propriétés voisines. Quand il y réside, c'est une splendeur guerrière : une armée d'automobiles, de cuirassiers blancs, de hussards de la mort, de généraux, de ministres, d'ambassadeurs, de valets de pied, pête-mête: Il y a des turcs, des pages, des heiduques, des chevaux toujours sellés, des trains sous pression, un réseau compliqué de fils, téléphoniques et télégraphiques, des miroirs fouillant l'horizon, des antennes guettant les ondes de l'atmosphère. Sur les toits voisins, des mitrailleuses braquées vers le ciel protègent contre le vol des grands oiseaux redoutables; quand la nuit vient, de puissants projecteurs promènent sur les nuées leurs pinceaux lumineux et, par prudence, derrière trois lignes de tranchées, une retraite est préparée, plus à l'écart, à Vrigne-aux-Bois, dans un chàteau machiné por les cas de dangers, à moins qu'on ne dresse encore, à l'occasion, le fameux palais démontable qu'une foule de serviteurs et d'ouvriers installait, en quelques instants, aux premiers jours de la campagne, pour permettre au dieu de la guerre de reposer en un temple digne de lui, les soirs de victoire.

Je pense que ce bric à brac faussement grandiose, manifestement inspiré de la tente de pourpre d'Attila, n'aura pas de durée dans la mémoire des peuples. Quand la postérité évoquera l'image d'un conquérant, elle verra toujours, no point Guillaume II et son cortège théâtral, mais l'autre, le nôtre, le grand, celui qu'on s'évertue à singer, mais qui reste inimitable; elle le verra, tel que l'a montré Raffet, seul, dans un champ désert, assis sur une chaise de paysan, les regards fixes, le front courbé, les bras croisés, tendant vers un feu de branches ses bottes boueuses, tandis que s'estompe dans la brume l'unique silhouette d'un grenadier déguenillé. (Le Temps.) G. LENOTRE.


LA FRANCE ET LA NEUTRALITE DE LA BELGIQUE.

Nous avons donné la réponse du Gouvernement belge aux affirmations allemandes suivant lesquelles les troupes impériales n'avaient pénétré en Belgique que parce que le Gouvernement de Berlin avait acquis la certitude que la France, de concert avec l'Angleterre et avec la complicité de la Belgique elle-même, était décidée à attaquer l'Allemagne par cette voie.

Nous donnons ci-après la réponse du Gouvernement français : ‹‹ Dans un article publié par un journal américain, le général allemand von Bernhardi, revenant sur les origines de la guerre, prétend établir que la concentration française et la présence à notre aile gauche de nos forces principales démontrent la résolution arrêtée du Gouvernement français de violer, de concert avec la Grande-Bretagne, la neutralité belge.

A cette allégation du général von Bernhardi, le plan de concentration français répond péremptoirement.

I. -- NOTRE PLAN DE CONCENTRATION.

La totalité des forces françaises, en vertu du plan de concentration, étaient orientées, quand la guerre a été declarée, face au nord-est, entre Belfort et la frontière belge, savoir :

1 armée : entre Belfort et la ligne générale Mirecourt-Lunéville; 2 armée : entre cette ligne et la Moselle; 3 armée : entre la Moselle et la ligne Verdun-Audun-le-Roman; 5 armée : entre cette ligne et la frontière belge. La 4 armée était en réserve à l'ouest de Commercy. Par conséquent, la totalité des armées françaises était orientée face à l'Allemagne, et rien que face à l'Allemagne.

II. -- LES VARIANTES DE NOTRE CONCENTRATION.

Cela est si vrai que lorsque fut connue la violation de la neutralité belge par les troupes allemandes, l'état-major français dut prescrire des variantes au plan de concentration.

L'éventualité de ces variantes avait été, naturellement, étudiée, car de nombreux indices nous avaient permis de redouter la violation par l'Allemagne de la neutralité belge.

Lorsque cette violation fut accomplie et que le Gouvernement belge (4 août, Livre jaune, page 161) nous eut demandé notre appui, l'action de notre 2 armée fut ètendue jusqu'à la région de Verdun ; la 4 armée fut intercalée entre la 3 et la 5 , sur la Meuse; la f glissa vers le nord-ouest, le long de la frontière belge, jusqu'à la hauteur de Fourmies.

En outre, deux corps de la 2 armée, le dix-huitième et le neuvième, furent transportés de la région de Nancy vers Mézières et Hirson.

Dans cette direction, également, furent envoyées les deux divisions d'Algérie et la division du Maroc.

Enfin, un corps de cavalerie recut l'ordre de pénétrer en Belgique pour reconnaître les colonnes allemandes et ralentir leurs mouvements (6 août), trois jours après que celles-ci avaient violé la frontière belge.

Grâce à cette variante, l'état-major français fut en état de faire face, à l'ouest de la Meuse, au choc allemand en y amenant nos forces principales.

S'il y avait eu de sa part préméditation, ce brusque déplacement de nos troupes n'aurait pas été nécessaire et nous aurions pu arriver à temps pour interdire à l'ennemi, en Belgique, le passage de la Meuse.

Un détail peut servir d'illustration à cet argument péremptoire : notre corps de couverture de gauche, le deuxième, c'est-à-dire celui d'Amiens, était, en vertu du plan de concentration, no point face à la frontière belge, mais dans la région de Montmédy-Longuyon.

III. -- LA CONCENTRATION DE L'ARMÉE ANGLAISE.

Quant à l'armée anglaise, son concours ne nous a été assuré qu'à la date du 5 août, c'est-à-dire après la violation de la frontière belge par les Allemands, accomplie le 3 août (Livre jaune, page 151).

La concentration de l'armée britannique s'est effectuée en arrière de la place de Maubeuge, du 14 au 21 août.

IV. -- ORDRES DIVERS CONFIRMANT LES INTENTIONS DU GOUVERNEMENT FRANÇAIS.

Le 30 juillet, le Gouvernement français, malgré les mesures militaires de l'Allemagne, donne l'ordre à nos troupes de couverture de se maintenir à 10 kilomètres de la frontière.

Le 2 août, une seconde instruction prescrit à nos troupes de laisser aux Allemands l'entière responsabilité des hostilités et de se borner à repousser toute troupe assaillante pénétrant en territoire français.

Le 3 août, un nouveau télégramme prescrit d'une façon absolue d'éviter tout incident sur la frontière franco-belge.